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2.3.1 Quatre mondes sont possibles

Si on accepte les hypothèses précédentes, on peut répartir le monde : D’une part concernant la substance en le monde matériel et le monde immatériel (dans le suivant abrégé par M et non-M), d’autre part concernant la dépendance du sujet en le monde dépendant du sujet et le monde indépendant du sujet (dans le suivant abrégé par S et non-S).

Autrement dit, la substance et la dépendance du sujet sont deux variables avec deux variantes chacune. Les variantes de ces variables sont combinables l’une avec l’autre. Au total, il y a quatre combinaisons :

  1. M et S. C’est un monde matériel et dépendant du sujet.
  2. M et non-S. C’est un monde matériel et indépendant du sujet.
  3. non-M et S. C’est un monde immatériel et dépendant du sujet.
  4. non-M et non-S. C’est un monde immatériel et indépendant du sujet.

L’existence de ces quatre mondes est possible. Dans le suivant je voudrais classer ces mondes aux hypothèses courantes.

mars 18, 2009 at 6:06 Laisser un commentaire

2.3.2 Classement aux hypothèses

Pour le classement je recours à un passage de l’article de Popper « Epistemology Without a Knowing Subject ». Il écrit :

“[W]e may distinguish the following three worlds or universes: first, the world of physical objects or of physical states; secondly, the world of states of consciousness, or of mental states, or perhaps of behavioural dispositions to act; and thirdly, the world of objective contents oh thoughts, especially of scientific and poetic thoughts and of works of art.” (S. 106)[1]

popper_knowlede

Sans entrer dans le détail des différences des hypothèses, les classements suivants me semblent plausibles.

Le premier monde, c’est le « world of physical objects » ; on appelle ce monde aussi le « monde extérieur ». Ce monde a la réputation d’être matériel et indépendant du sujet. Par conséquent, ce monde correspond à la combinaison M et non-S.

Le deuxième monde est le monde immatériel (Popper : « mental », p. 106) et dépendant du sujet (Popper : « the world of subjective experiences », p. 155). Par conséquent, ce monde correspond à la combinaison non-M et S.

Le troisième monde est le monde immatériel et indépendant du sujet. Par conséquent, ce monde correspond à la combinaison non-M et non-S. L’existence de ce monde est défendu par plusieurs auteurs, pas seulement par des philosophes, mais encore par des sociologues. Par exemple, Frege écrit, les pensées sont

„weder Dinge der Außenwelt noch Vorstellungen. Ein drittes Reich muß anerkannt werden. Was zu diesem gehört, stimmt mit den Vorstellungen darin überein, dass es nicht mit den Sinnen wahrgenommen werden kann, mit den Dingen aber darin, dass es keines Trägers bedarf, zu dessen Bewusstseinsinhalte es gehört.“(1918-1919, S. 43-44).

Durkheim se prononce ressemblent sur « le domaine propre de la sociologie. » (p. 6) : « Voilà donc un ordre de faits qui présentent des caractères très spéciaux : ils consistent en des manières d’agir, de penser et de sentir, extérieures à l’individu, et qui sont douées d’un pouvoir de coercition en vertu duquel ils s’imposent à lui. Par suite, ils ne sauraient se confondre avec les phénomènes organiques, puisqu’ils consistent en représentations et en actions ; ni avec les phénomènes psychiques, lesquels n’ont d’existence que dans la conscience individuelle et par elle. Ils constituent donc une espèce nouvelle et c’est à eux que doit être donnée et réservée la qualification de sociaux. » (p. 5)

Remarquable est le fait, que Popper et Durkheim, malgré leur affirmation, que le monde 3 soit un monde objective et immatériel, comptent aussi les choses matériels parmi ce monde : Popper classe les « works of art » et Durkheim classe les « manières d’agir », les « actions » dans ce monde.

C’est la conséquence d’une différenciation manquante dans la sphère du monde 3 et de la procédure de classement : Car quelques choses ne sont classable ni au monde extérieur ni au monde intérieur, et car les auteurs appliquent plus ou moins consciemment la méthode d’exclusion, il ne reste que le monde 3 comme catégorie résiduel. Durkheim écrit explicitement : «car le mot de social n’a de sens défini qu’à condition de désigner uniquement des phénomènes qui ne rentrent dans aucune des catégories de faits déjà constituées et dénommées. » (p. 5-6)

Le quatrième monde n’est mentionné ni dans Popper, ni dans Durkheim ou par les autres auteurs. C’est la raison pour laquelle je vais entrer dans le détail de ce monde dans le suivant.


[1] À la page 154 on trouve un autre passage, qui ressemble à le premier, mais il y a des differences, surtout concernant le World 3: “the third is the world of intelligibles, or of ideas in the objective sens; it is the world of possible objects of thought: the world of theories in themselves, and their logical relations, of arguments in themselves, and of open problem situations in themselves.” Popper remarque, qu’il y avait plusieurs auteurs, qui ont déjà postulé l’existence d’un troisième monde: „I am thinking of Plato, the Stoics, and some moderns such as Leibniz, Bolano, and Frege (but not of Hegel …).“ (S. 153)

mars 18, 2009 at 6:03 Laisser un commentaire


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