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2.2.1.1 La substance du sujet
Pour définir le sujet, on peut prendre comme point de départ l’hypothèse, qu’une chose quelconque soit à un certain égard ou sujet ou non-sujet, c’est-à-dire : objet. Cette hypothèse se trouve par exemple dans Schopenhauer : « Wie nämlich kein Objekt ohne Subjekt sein kann, so auch kein Subjekt ohne Objekt, d. h. kein Erkennendes ohne ein von ihm Verschiedenes, welches erkannt wird »[1]
Quelles sont les conséquences pour la recherche du sujet, si on défend la position dualiste, c’est-à-dire l’hypothèse de l’existence de deux substances, le corps et l’esprit ? La pensée s’impose, que le sujet participe à ces deux mondes, mais cette conséquence n’est pas obligatoire. Pensable est également, qu’il y ait deux substances, mais le sujet ne participe qu’à un de ces deux mondes. Au total il y a trois positions concernant la substance du sujet :
- Le sujet ne fait partie que du monde matériel.[2] Le corps est le sujet. Ce sujet peut réagir sur le monde, il est un sujet d’action.[3] Mais ce sujet ne peut ni penser ni sentir ni vouloir. L’objet est le reste du monde matériel et tout le monde immatériel.
- Le sujet ne fait partie que du monde immatériel. L’esprit est le sujet. Ce sujet peut penser et sentir et vouloir, il est un sujet de connaissance (et d’affection et de volonté).[4] L’objet est le reste du monde immatériel et tout le monde matériel.
- Le sujet ne fait partie seulement du monde matériel, mais aussi du monde immatériel. Le corps et l’esprit sont le sujet. Le sujet n’est seulement un sujet de connaissance (et d’affection et de volonté) mais aussi un sujet d’action. L’objet est le reste du monde matériel et le reste du monde immatériel.
Dans ce qui suit, je suppose un sujet à la fois matériel et immatériel, car cette supposition est courante dans la philosophie, les sciences sociales et la vie quotidienne.
[1] Schopenhauer, A., Die Welt als Wille und Vorstellung, Band II, 19, 1977. Il y a d’autres positions, par exemple dans Hegel et les philosophes du romantisme – ou dans Jaspers, qui se réfère au mystic: « Wo kein Objekt mehr gegenübersteht, also jeder Inhalt fehlt, darum auch unsagbar ist und doch erlebt wird, sprechen wir im allerweitesten Sinne vom Mystischen » (1971, p. 19)
[2] Cette position n’est pas identique à la position matérialiste, selon de laquelle il n’y a que la substance matériel. Par conséquence, le sujet ne peut être qu’un sujet matériel. De la même manière, le point suivant n’est pas identique à la position idéaliste.
[3] Ce sujet d’action est l’homme « as the behavorist views it». Cf. John Watsons: « Psychology as the behaviorist views it is a purely objective experimental branch of natural science. Its theoretical goal is the prediction and control of behavior. Introspection forms no essential part of its methods » (1913, p. 158) Watsons ne dit pas, que la conscience, autrement dit : le monde immatériel, n’existe pas ; au contraire, c’est l’existence de ce monde, qui est un problème, que Watson voudrais résoudre. Son proposition : l’ignorance de ce monde. Par conséquent, il ne traite l’homme que comme sujet matériel.
[4] Cf. Descartes : « il est certain, que ce moi, c’est-à-dire mon âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement et véritablement distincte de mon corps, et qu’elle peut être ou exister sans lui. » (Méditation sixième, p.185)

